Le froid, ça fait du bien
Dimanche dernier, j’ai trempé mes pieds dans la mer. Eau à sept degrés selon la radio. Le vent soufflait de l’ouest, le ciel était gris comme une ardoise. J’avais mon manteau, mon bonnet, et mes pieds nus dans l’eau froide de l’Atlantique.
Mes petits-enfants m’ont regardée comme si j’avais perdu la tête.
Mon père faisait pareil. Tous les matins de l’année, ou presque. Pas par principe, par habitude. Son père faisait pareil. Les gens de la côte, ici, ont toujours su que la mer froide, ça remet d’aplomb.
Maintenant on a mis un nom dessus. La cryothérapie. Le bain froid. La méthode Wim Hof. Il y a des applications pour suivre ses séances, des influenceurs qui plongent dans des baquets de glace en filmant leur visage. Mon petit-fils m’a envoyé une vidéo. Je lui ai dit : “Ton arrière-grand-père faisait ça tous les matins depuis Plouézec, mais lui il appelait pas ça une méthode.”
Il a ri. Il a quand même essayé la douche froide le lendemain.
Ce que le froid fait au corps, c’est pas compliqué à expliquer. Le sang se retire. Puis il revient. La circulation se réveille. Le cœur bat un peu plus fort. La tête se vide. On peut pas penser à ses problèmes quand on a les pieds dans sept degrés, ça prend toute la place.
Et puis après. Cette chaleur qui revient de l’intérieur. Cette impression d’être bien réveillée, proprement, sans café nécessaire.
Les marins le savent depuis toujours. Ils étaient pas à chercher des méthodes. Ils avaient juste la mer, le vent, et pas le choix.
Ce que je fais, moi, c’est rien d’extrême. Cinq minutes les pieds dans l’eau. Pas la tête, pas jusqu’aux épaules. Les pieds. En hiver. Quand j’en ai envie. Deux fois par mois, parfois moins.
Je rentre, je me réchauffe avec une tasse de thé et une paire de chaussettes en laine. Et le reste de la journée je suis légère.
Geneviève, ma voisine, m’a demandé si j’avais peur d’attraper froid. C’est une idée reçue tenace, ça. Le froid ne donne pas le rhume. Le rhume vient d’un virus. Le froid, si on y va progressivement, renforce. C’est pas moi qui le dis, les médecins de montagne le savent aussi.
Ce qui compte, c’est de pas rester mouillée. Rentrer, se sécher, se couvrir. Le corps sait faire le reste.
Il y a quelque chose d’honnête dans le froid. Il demande pas de se préparer pendant une heure. Il demande pas un équipement particulier. Il est là, la mer, tout le temps, à deux kilomètres. Gratuit. Sans inscription.
Ma fille, à Paris, elle paie un abonnement dans un spa avec des bassins froids. Je la juge pas. Elle a pas la mer à côté. Mais quand elle vient me voir en été, elle plonge dans la mer comme une petite fille et elle sort en disant que rien ne vaut ça.
C’est vrai. Rien vaut ça.
La marche aussi remet les choses en place. Le froid et la marche, les deux ensemble sur la plage en février, c’est ma pharmacie à moi.
Marcel aurait dit que c’est pas une méthode, que c’est juste la Bretagne.
Il aurait pas eu tort.
Mamie Jo Joëlle vit dans les environs de Paimpol, en Bretagne. Elle est experte en rien, sauf peut-être en bon sens. Ses articles ne remplacent pas un avis médical, ni une bonne soupe.