Mamie Jo 4 min

Le stress ? Ma mère appelait ça les nerfs

Ma mère disait qu’elle avait “les nerfs”. Pas de stress, pas d’anxiété, pas de burnout. Les nerfs. Et tout le monde comprenait parfaitement.

La voisine d’en face, en 1975, elle a passé un mois au lit. Le médecin avait dit “les nerfs et la fatigue”. Son mari travaillait à la conserverie, ils avaient quatre enfants, sa belle-mère logeait dans la chambre du fond, et les fins de mois ne finissaient jamais vraiment. Elle était épuisée jusqu’à la moelle.

Aujourd’hui on aurait dit burnout. On lui aurait fait remplir une échelle de stress et prescrit un accompagnement psychologique. En 1975, sa soeur est venue s’installer une semaine pour aider avec les enfants, le curé est passé la voir, et les voisines ont organisé un roulement pour les repas. Elle a repris du poil de la bête.

Je ne dis pas que c’était mieux avant. Je dis que ce n’était pas si différent.

Le stress, parce que c’est comme ça qu’on appelle ça maintenant, n’a pas attendu l’invention du mot pour exister. Ma mère l’avait, ses sœurs l’avaient, leurs mères l’avaient avant elles. La femme du fermier qui devait nourrir dix bouches avec une mauvaise récolte, elle connaissait le stress. Elle n’avait pas de nom pour ça, mais elle le connaissait dans le ventre et dans la nuque.

Ce qui a changé, c’est qu’on a mis des mots dessus. Et parfois les mots aident. Souvent, même.

Mais parfois les mots compliquent. Quand on me sort des grands mots pour dire “calme-toi”, j’ai envie de sortir marcher au bord de la mer. Ce que je fais, d’ailleurs. Ça marche très bien.

Ma grand-mère, elle, avait une tisane de tilleul le soir. Elle faisait son chapelet, pas parce qu’elle était très croyante, mais parce que ça lui donnait quelque chose de régulier à faire avec les mains. Elle s’asseyait vingt minutes dans son fauteuil, et elle laissait la journée se déposer.

C’est ce qu’on appelle maintenant la cohérence cardiaque ou la méditation de pleine conscience, selon où vous achetez vos livres.

Elle n’avait pas besoin d’une appli sur son téléphone. Elle avait un chapelet et un tilleul.

Je ne me moque pas de ceux qui font des applications. Si ça aide, tant mieux, franchement. Chacun sa méthode. Mon petit-fils médite avec des écouteurs dans les oreilles, ça lui convient très bien, et il dort mieux depuis. Je ne vais pas lui dire qu’il fait ça mal.

Ce que je veux dire, et après je vous laisse tranquilles, c’est que le problème n’est pas nouveau. L’humain a toujours été débordé, fatigué, aux abois. La vie a toujours été trop courte et trop remplie en même temps.

On a inventé des noms anglais pour des choses que nos grands-mères vivaient en breton.

Et peut-être que c’est bien d’en parler, de les nommer, de chercher des solutions. Peut-être que la voisine aurait bénéficié d’un vrai suivi. Je sais pas.

Mais je sais qu’elle s’en est remise grâce à sa soeur, son curé et ses voisines.

Pas si mal pour quelqu’un qui n’avait pas encore inventé le mot burnout.

Mamie Jo  Joëlle vit dans les environs de Paimpol, en Bretagne. Elle est experte en rien, sauf peut-être en bon sens. Ses articles ne remplacent pas un avis médical, ni une bonne soupe.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.