Mamie Jo 3 min

Le vent, c'est un médicament que personne vend

Ce matin je suis allée sur la falaise. Celle au-dessus du cap, derrière les ajoncs. Vingt minutes à pied depuis chez moi.

Le vent soufflait de l’ouest, comme presque toujours en hiver. Pas méchant, juste présent. Le genre de vent qui prend la tête en main et la retourne doucement, comme on retourne un oreiller pour trouver le côté frais.

Je n’ai pas de mot savant pour expliquer ce que ça fait.

Je sais que ça fait du bien. Je le sais depuis que j’ai huit ans et que ma mère m’envoyait dehors “prendre l’air” quand j’étais grognon ou malade ou les deux. Elle ne savait pas pourquoi ça marchait. Ça marchait quand même.

Les mouettes ne m’ont pas regardée. Elles ont leurs propres affaires. La houle en bas faisait un bruit de fond régulier, comme quelque chose qui respire. Le sel, on le sent dans la bouche même sans l’avoir cherché. Il entre dans les narines, il se pose sur les lèvres.

J’ai lu des articles qui parlent d’ions négatifs, d’air marin, de phytoncides des forêts, de luminothérapie naturelle. Il paraît que l’air de la mer contient de l’iode et des ions négatifs qui font du bien aux bronches et au moral. Peut-être. Je ne suis pas biologiste.

Ce que je sais, c’est que quand je rentre de la falaise, mes épaules sont en bas. Elles étaient en haut avant. Je l’avais même pas remarqué. Et le dedans est plus calme, comme si quelque chose avait été passé à l’eau.

Ça ne coûte rien. Personne ne peut le breveter. Personne ne peut vous le vendre en gélules à 39 euros le flacon.

C’est peut-être pour ça qu’on n’en parle pas assez.

Mes petits-enfants viennent cet été. Mon petit-fils a sept ans, ma petite-fille en aura cinq en juin. Je les emmènerai là-haut. Je leur expliquerai rien. Les enfants ont pas besoin d’explications pour savoir ce qui est bon. Le grand va courir vers le bord et j’aurai peur, comme toujours. La petite va ramasser des cailloux et vouloir les rapporter tous. On regardera la mer ensemble et on dira pas grand-chose.

C’est comme ça que je leur apprendrai le mieux-être, je crois. Pas avec des mots. Avec les pieds sur l’herbe rase et le vent dans les oreilles.

Je pense parfois aux gens qui vivent loin de tout ça. Les villes sans bord de mer, sans montagne à portée, sans vraie forêt. J’ai de la chance, objectivement. Plouézec, c’est pas grand-chose comme ville. Mais c’est à vingt minutes de quelque chose qui remet d’aplomb mieux que n’importe quelle ordonnance.

Pour ceux qui peuvent marcher, marcher suffit souvent. Pas besoin de falaise. Un parc, un bois, une rue sans voitures. L’important c’est dehors et à pied.

Et pour le froid, parce que l’hiver les gens me disent “mais il fait froid”, j’ai envie de leur dire que le froid, c’est pas l’ennemi. On s’habille, on y va. Le corps aime le vrai air, même quand il pique.

Aujourd’hui en redescendant vers le bourg, j’ai croisé le facteur. On a dit bonjour. J’ai acheté du pain à la boulangerie.

C’était une bonne matinée.

Après, si vous êtes vraiment pas bien, le vent ça suffit pas. C’est le médecin qui tranche. Le grand air c’est un complément, pas un remplacement.

Mamie Jo  Joëlle vit dans les environs de Paimpol, en Bretagne. Elle est experte en rien, sauf peut-être en bon sens. Ses articles ne remplacent pas un avis médical, ni une bonne soupe.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.