Sandrine 8 min

Médecine douce et médecine classique : arrêtons la guerre

La semaine dernière, un médecin du service m’a dit, en parlant de quelqu’un qui faisait de la sophrologie : “C’est bien, les trucs de relaxation.” Avec le ton qu’on prend pour parler d’un passe-temps inoffensif.

Je lui ai rien dit sur le moment. Mais j’ai pensé aux deux ans que j’ai mis à me former, aux études sur la sophrologie et le stress post-traumatique, aux gens que j’ai accompagnés en cancérologie.

De l’autre côté, j’entends des choses qui m’inquiètent aussi. Des naturopathes qui déconseillent les vaccins. Des praticiens qui promettent de soigner des maladies auto-immunes avec des plantes. Des gens qui arrêtent leur traitement pour chimiothérapie parce qu’un thérapeute leur a dit que le corps pouvait “se guérir seul”.

Les deux camps ont tort.

La médecine classique n’est pas l’ennemi

Je travaille dans un service de soins depuis 23 ans. J’ai vu des vies sauvées par des antibiotiques, des chirurgies, des chimiothérapies. J’ai vu des diagnostics posés à temps qui ont tout changé.

La médecine conventionnelle est imparfaite. Elle manque parfois de temps, d’écoute, d’humanité. Les consultations de cinq minutes, les ordonnances sur imprimante avant même qu’on ait fini de parler. Tout ça, c’est réel.

Mais nier son efficacité, c’est dangereux.

Quelqu’un qui retarde un diagnostic de cancer pour “essayer d’abord les plantes” peut perdre des mois décisifs. Un enfant dont les parents refusent la vaccination expose les autres. Une personne dépressive qui arrête son traitement parce qu’un thérapeute lui a dit que les antidépresseurs “bloquent les émotions” peut rechuter sévèrement.

Ce n’est pas contre la médecine douce que je dis ça. C’est contre l’idée qu’il faut choisir un camp.

Les pratiques complémentaires ont leur place. Vraiment

L’OMS reconnaît les pratiques de médecine traditionnelle et complémentaire dans sa stratégie mondiale pour 2019-2025. Elle ne les met pas sur le même plan que la médecine basée sur les preuves. Mais elle dit clairement qu’elles ont un rôle à jouer dans les systèmes de santé.

Ce que j’observe au quotidien, c’est ceci :

  • La sophrologie réduit l’anxiété avant une opération. Des gens moins anxieux récupèrent mieux.
  • L’acupuncture est reconnue par certains services anti-douleur pour la gestion des douleurs chroniques.
  • La relaxation et la cohérence cardiaque améliorent la qualité du sommeil pendant les chimiothérapies.

Ce ne sont pas des miracles. Ce sont des outils d’accompagnement. Ils agissent sur le terrain, le stress, la douleur ressentie, le quotidien, pendant que la médecine agit sur la maladie.

Ce que j’ai vu en vrai

Un monsieur, 54 ans, cancer du côlon en rémission. Il dormait trois heures par nuit, anxieux, incapable de reprendre le travail. Son oncologue lui avait prescrit des cachets pour l’anxiété. Il les prenait mal, ne supportait pas les effets.

Il a commencé la sophrologie. Pas à la place du suivi médical. En plus. En trois mois, son sommeil s’est amélioré. Il a pu réduire les cachets progressivement, avec l’accord de son médecin.

Son médecin, au début réticent, m’a demandé des informations sur la pratique.

Ça ne finit pas toujours comme ça. Mais ça montre que le dialogue est possible.

Autre cas : une dame de 38 ans, fibromyalgie. Elle avait vu dix médecins en quatre ans. Certains lui avaient dit “c’est dans la tête” sans proposition de suivi. Elle avait arrêté tous ses traitements et ne consultait plus que des naturopathes.

Un des praticiens lui avait dit de supprimer le gluten, le lactose, le sucre et de prendre une vingtaine de compléments alimentaires. Elle avait maigri de huit kilos. Elle était épuisée.

Elle est revenue dans le système médical après une poussée douloureuse intense. Elle avait besoin des deux : un suivi médical sérieux et un accompagnement humain que la médecine conventionnelle lui avait refusé jusque-là.

Ce que devrait être la complémentarité

Les deux approches ne sont pas opposées. Elles ne répondent pas aux mêmes questions.

La médecine conventionnelle demande : “Quelle est la maladie ? Quel est le traitement ?”

Les pratiques complémentaires demandent : “Comment vit la personne avec sa maladie ? Qu’est-ce qui peut l’aider à tenir, à récupérer, à aller mieux au quotidien ?”

Ce sont deux niveaux différents. Pas concurrents.

Ce que je recommande aux gens que je vois : parler à son médecin de toutes les pratiques qu’on envisage. Ne rien cacher. Ne rien arrêter sans avis médical.

Un bon praticien en médecine douce fait pareil. Il connaît ses limites. Il ne promet pas de guérisons. Il renvoie vers un médecin quand il le faut.

Ce qui devrait changer

Les médecins devraient être mieux formés aux pratiques complémentaires. Pas pour les pratiquer, mais pour conseiller les gens. Savoir ce qui a des preuves, ce qui est inoffensif, ce qui est dangereux.

Les praticiens en médecine douce devraient avoir une obligation de formation sérieuse et de déontologie claire. Le secteur manque encore de régulation. N’importe qui peut se déclarer “naturopathe” ou “praticien en médecine traditionnelle” sans aucun contrôle.

Et les gens devraient pouvoir parler librement des deux côtés sans avoir honte ou peur d’être jugés.

La guerre entre les deux camps n’aide personne.

Surtout pas les malades.

Questions fréquentes

Les médecines douces peuvent-elles remplacer un traitement médical ?
Non. Aucune pratique complémentaire ne remplace un diagnostic médical ni un traitement prescrit par un médecin. Ce qu'elles peuvent faire, c'est accompagner, soulager les effets secondaires, réduire l'anxiété et améliorer le quotidien pendant et après un traitement. Toute pratique qui prétend guérir une maladie grave sans médecin doit alerter.
Comment savoir si un praticien en médecine douce est sérieux ?
Vérifiez sa formation (durée, organisme reconnu), ses certifications éventuelles, et son discours. Un bon praticien ne dénigre jamais la médecine conventionnelle et vous renvoie vers un médecin dès que la situation le demande. Il ne vous promet pas de guérison. Il travaille avec votre médecin, pas contre.
Mon médecin est contre les médecines douces. Que faire ?
Parlez-lui quand même. Dites-lui ce que vous envisagez. Beaucoup de médecins sont moins fermés qu'ils n'y paraissent, surtout quand on aborde le sujet calmement et avec des sources. Si le dialogue est vraiment impossible, vous avez le droit de consulter un autre médecin ou de demander un deuxième avis.

Sources

Sandrine  Sandrine est infirmière libérale à Montpellier depuis 23 ans, formée à la sophrologie. Elle partage ici son regard de soignante sur les pratiques de bien-être.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.