Sandrine 9 min

Médecines douces : ce que je recommande vraiment aux gens que je vois

Vingt-trois ans d’infirmière libérale à Montpellier. Des gens diabétiques, des gens en chimiothérapie, des personnes âgées isolées, des familles épuisées.

On me demande souvent ce que je pense des médecines douces.

La réponse courte : ça dépend. De laquelle. Pour quoi. Pour qui.

La réponse longue, c’est cet article.

Ce que je recommande, et pourquoi

L’ostéopathie pour les douleurs du dos, des muscles et des articulations. C’est la pratique pour laquelle j’ai le plus de retours positifs des gens que je vois. Mal de dos chronique, douleurs dans le cou, tensions après une position prolongée. Les revues Cochrane concluent à un effet modeste mais réel des manipulations du dos sur le mal de dos chronique par rapport au placebo ou à l’absence de traitement. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est documenté.

Je dis toujours : un ostéo ne remplace pas un médecin pour un diagnostic. Si vous avez une douleur nouvelle, intense, qui change de caractère, vous allez chez le médecin d’abord. L’ostéopathe, c’est après.

La sophrologie pour l’anxiété et le stress chronique. J’en ai parlé dans mon article sur l’insomnie de Michel : c’est un outil concret, qui s’apprend, qui se pratique seul. Pour les gens qui ont du mal à “décrocher”, à gérer les ruminations, à trouver le sommeil, c’est une des premières choses que je mentionne. Pas à la place d’un suivi psy si nécessaire. En complément.

L’acupuncture pour certaines douleurs chroniques. La HAS a publié un rapport en 2014 qui conclut à un intérêt possible de l’acupuncture pour les douleurs chroniques, notamment les douleurs du dos, des articulations, et certains maux de tête. Les mécanismes ne sont pas totalement élucidés. Je ne vais pas prétendre qu’on comprend tout. Mais pour des gens chez qui les traitements classiques ont des effets limités ou des effets secondaires importants, c’est une option à discuter avec le médecin.

Je précise : l’acupuncture pratiquée par un médecin acupuncteur ou un professionnel de santé formé. Pas n’importe qui avec des aiguilles.

L’hypnose pour la gestion de la douleur et certaines phobies. L’Inserm a publié une expertise collective qui reconnaît l’efficacité de l’hypnose dans la gestion de la douleur aiguë, notamment en contexte médical (soins palliatifs, actes invasifs). C’est moins clair pour d’autres usages. Mais pour quelqu’un qui a peur des piqûres au point de refuser des soins, un hypnothérapeute formé peut vraiment changer quelque chose.

Ce que je ne recommande pas

Les praticiens qui promettent une guérison.

C’est le signal d’alarme numéro un. Aucune médecine douce ne guérit un cancer, un diabète de type 1, une sclérose en plaques. Aucune. Celui qui vous dit le contraire vous ment. Et ce mensonge peut coûter cher en retard de diagnostic ou en arrêt de traitement.

Les compléments alimentaires achetés sans avis médical.

L’Anses a publié plusieurs avis sur les risques liés aux compléments alimentaires. Certains interagissent avec des médicaments pour fluidifier le sang, des traitements lourds, des traitements hormonaux. Le millepertuis, par exemple, réduit l’efficacité de nombreux médicaments. “Naturel” ne veut pas dire “inoffensif”. Informez toujours votre médecin.

Les praticiens qui déconseillent la médecine conventionnelle.

J’ai eu des gens qui m’ont dit que leur “thérapeute” leur avait conseillé d’arrêter leur traitement pour “laisser le corps guérir”. C’est irresponsable. Un bon praticien travaille avec le médecin traitant, pas contre lui.

Les pratiques sans aucun recul scientifique pour des pathologies sérieuses.

Il y a des choses dont on ne sait rien, ou presque. Ce n’est pas un problème si c’est présenté honnêtement. C’est un problème quand on vous vend la certitude.

Comment j’en parle aux gens que je vois

Je ne suggère pas une médecine douce à la place de quelque chose.

Je le suggère en plus, quand il y a de la place, quand la personne est demandeuse, et quand ça correspond à ce dont elle a besoin.

Ce qui m’importe, c’est que la personne comprenne ce qu’elle fait, pourquoi, et quelles sont les limites.

Quelqu’un qui sait dire “j’essaie la sophrologie pour mon anxiété mais je continue mon traitement”, c’est quelqu’un qui se soigne intelligemment.

Quelqu’un qui dit “j’ai arrêté mes médicaments parce que mon magnétiseur m’a dit que ça allait dans le mauvais sens”, c’est une urgence.

La frontière n’est pas toujours évidente. Mon rôle, c’est d’aider à la trouver.

Vingt-trois ans plus tard, je suis toujours convaincue que la médecine conventionnelle reste le socle. Pas parce qu’elle est parfaite. Elle est loin d’être parfaite. Mais parce qu’elle est évaluée, régulée, et qu’elle a fait ses preuves pour des choses que rien d’autre ne peut faire.

Le reste, les outils complémentaires, les pratiques de soin de soi, les traditions transmises de mère en fille, peut avoir sa place. Souvent, même.

Mais pas à la place. À côté.

Questions fréquentes

Comment choisir un bon praticien en médecine douce ?
Vérifiez la formation, la durée, l'organisme, la reconnaissance. Méfiez-vous de celui qui vous promet une guérison, qui déconseille de consulter un médecin, ou qui multiplie les séances sans réévaluer. Un bon praticien travaille en complémentarité avec le suivi médical, pas contre lui.
Les médecines douces sont-elles remboursées ?
Très peu. L'ostéopathie bénéficie parfois d'un remboursement partiel par les mutuelles. La sophrologie, l'acupuncture pratiquée par un non-médecin, la réflexologie, en général non remboursées. Vérifiez votre contrat mutuelle, les offres varient beaucoup.
Y a-t-il des risques avec les médecines douces ?
Oui, dans certains cas. Le risque principal n'est pas toujours la pratique elle-même, mais le retard à consulter un médecin. Des compléments alimentaires peuvent aussi interagir avec des médicaments. L'Anses a publié des alertes sur ce sujet. Informez toujours votre médecin de ce que vous prenez.

Sources

Sandrine  Sandrine est infirmière libérale à Montpellier depuis 23 ans, formée à la sophrologie. Elle partage ici son regard de soignante sur les pratiques de bien-être.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.