Pourquoi j'ai jamais eu besoin d'un coach
Ma mère n’avait pas de coach. Mon père non plus. Ils ont quand même réussi à élever cinq enfants, traverser un deuil, rénover une maison et ne pas divorcer. Dans l’ordre ou pas.
Alors quand j’entends “coach en développement personnel”, je me pose une question simple : qu’est-ce qu’on faisait avant ?
Je ne veux pas être méchante. Les gens qui font ce métier ont sûrement de bonnes intentions. Certains sont probablement très compétents. Et des gens en souffrent, c’est réel. Je ne dis pas que les problèmes n’existent pas.
Mais le mot “coach”, ça me résiste.
Mon père avait un ami, Gilles, menuisier à Paimpol. Quand mon père avait un problème, professionnel, familial, quand il ne savait plus quoi faire, il allait chez Gilles. Ils buvaient un café. Gilles écoutait, disait peu de choses mais les bonnes, et mon père rentrait avec les idées moins emmêlées.
Gilles n’avait pas de certification. Il n’avait pas de méthode. Il était juste là, disponible, avec du bon sens et du temps.
C’est ce qu’on appelle maintenant un coach.
Sauf que Gilles, c’était gratuit. Et que c’était un ami.
Je comprends que tout le monde n’a pas un Gilles. C’est peut-être là le problème, en fait. Pas le coaching. L’absence de Gilles.
On a des voisins qu’on ne connaît plus. Des familles éparpillées aux quatre coins du pays. Des amis qu’on voit deux fois par an si on est chanceux. Les gens sont seuls. Vraiment seuls. D’une façon que ma mère n’aurait pas comprise. Elle avait cinq sœurs dans un rayon de dix kilomètres. Elle avait la voisine du dessus. Elle avait la dame de l’église qui savait tout sur tout le monde.
Ces réseaux-là ont disparu.
Et dans ce vide, le coaching s’est installé. Pas par hasard. Parce qu’il répond à quelque chose de réel.
La solitude, ça fait peur. Ne plus savoir vers qui se tourner, ça aussi. Alors on paie quelqu’un pour qu’il soit là, qu’il écoute, qu’il pose des questions. C’est pas idiot. C’est même logique.
Ce qui me chagrine, c’est qu’on ne dise pas les choses comme elles sont.
“Je vois un coach”… peut-être que parfois ça veut dire “je n’ai plus personne à qui parler et ça me fait honte alors je préfère dire que je travaille sur moi”. C’est pas un jugement. C’est une hypothèse.
Et si le vrai problème, ce n’est pas le manque de méthode ou de clarté sur ses objectifs de vie, mais juste le manque de liens ?
On parle de techniques, de respirations, d’applications. On parle rarement de retrouver du monde autour de soi.
Ma mère avait les nerfs, comme je disais. Et ce qui l’aidait le plus, c’était le jeudi soir chez sa sœur Marie-Jeanne. Pas de méthode. Juste Marie-Jeanne et une bouteille de cidre.
Il y a des gens qui ont besoin d’aide structurée. D’un psy, d’un thérapeute, de quelqu’un avec une vraie formation pour des vraies difficultés. Ça, je respecte entièrement. La santé mentale, c’est sérieux.
Mais le coach “en développement personnel” pour quelqu’un qui manque juste de liens et de lenteur, là j’ai un doute.
Prendre le temps, ça ne s’apprend pas en dix séances. Ça se vit, ça se retrouve, parfois ça se réinvente. Avec des gens, si possible.
J’aurais pu avoir besoin d’un coach, peut-être, à certains moments. Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que je n’en avais pas, et que j’avais ma sœur à cinq kilomètres.
Vous, vous avez quoi ?
Mamie Jo Joëlle vit dans les environs de Paimpol, en Bretagne. Elle est experte en rien, sauf peut-être en bon sens. Ses articles ne remplacent pas un avis médical, ni une bonne soupe.