Mamie Jo 4 min

Prendre le temps, c'est déjà se soigner

L’autre soir, ma petite-fille mangeait ses pâtes debout, le téléphone dans l’autre main. Dix-huit ans, elle court tout le temps. Entre les cours, les amis, les réseaux, le travail le week-end. Je lui ai dit de s’asseoir. Elle m’a regardée comme si j’avais dit une sottise.

C’est ça qui m’a donné envie d’écrire ces quelques lignes.

Mon mari avait une expression. Quand quelqu’un s’agitait pour rien, quand on courait partout sans raison, il disait : “On a le temps de mourir.” Pas pour être morbide, hein. Pour dire qu’il faut bien se poser quelque part avant.

Aujourd’hui, prendre le temps c’est devenu suspect.

Si tu t’assieds dix minutes dans ton jardin à regarder les nuages, on t’appelle rêveur. Si tu mâches lentement au repas, on te demande si t’as mal aux dents. Si tu arrives à l’heure plutôt qu’en avance, t’as raté quelque chose.

Ma fille prend ses rendez-vous chez le médecin sur une application. En trente secondes c’est fait. Je lui dis pas que c’est mal, c’est pratique. Mais avant, pour appeler le cabinet, on attendait un peu, on causait avec la secrétaire, on savait si le docteur était disponible ou débordé. Ce petit temps-là, c’était pas du temps perdu.

Ce que je vois, moi qui ai 71 ans, c’est que le corps sait pas aller vite.

La digestion, ça prend du temps. Le sommeil, ça prend du temps. Cicatriser, ça prend du temps. Le corps est resté à l’heure d’il y a cent ans. C’est la tête qu’on a accélérée.

Quand je mange assise, tranquille, j’ai moins faim après. Je mange moins. Mon ventre est content. Quand je mange vite (ça m’arrive aussi), j’ai l’air de rien dans l’assiette et pourtant j’ai encore faim une heure plus tard. Le corps a pas eu le temps de comprendre.

C’est pareil pour le stress. Quand ça s’accumule, le corps stocke. Les épaules se raidissent. La mâchoire se serre. Et on continue à courir parce qu’on a pas le temps de s’arrêter.

Mon remède à moi, c’est simple. Le matin, avant que ça commence, je prends un quart d’heure. Café chaud, fenêtre ouverte même en hiver, je regarde le ciel au-dessus de la baie. Les bateaux s’il y en a. Les mouettes qui se chamaillent. Rien d’autre.

Pas de méditation, pas de yoga, pas de routine. Juste être là une minute.

Une voisine dit que c’est du luxe. Que quand t’as deux gamins et un boulot à mi-temps, tu peux pas te permettre. Je la comprends. Mais je lui dis que cinq minutes avant que les enfants se lèvent, c’est pas impossible. Même trois. Même deux, assise au bord du lit avant de se lever.

Le corps, lui, il sait quoi faire avec ces deux minutes-là.

Ce que les médecines douces ont de bon, c’est qu’elles remettent le temps à sa place. On prend le temps d’écouter. On prend le temps de comprendre d’où vient le mal. On prend le temps de laisser le corps répondre. C’est pour ça que les gens qui dorment mal et qui ralentissent un peu avant de dormir s’en trouvent souvent mieux.

Mon mari aurait dit que j’enfonce des portes ouvertes.

Il aurait pas tort. Mais des fois, les portes ouvertes, faut quand même les franchir.

Mamie Jo  Joëlle vit dans les environs de Paimpol, en Bretagne. Elle est experte en rien, sauf peut-être en bon sens. Ses articles ne remplacent pas un avis médical, ni une bonne soupe.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.