Mamie Jo 4 min

Respirer, c'est gratuit

Ma fille m’a envoyé un lien pour des cours de respiration. Quatre-vingt-dix euros pour huit semaines. Pour apprendre à respirer.

Je respire depuis soixante-et-onze ans. Je ne m’en suis pas trop mal tirée jusqu’ici.

Je comprends l’idée, hein. Je ne suis pas stupide. Respirer correctement, ça veut dire quelque chose. On peut très bien avoir le souffle court, se tenir recroquevillé sur sa chaise, gonfler que le haut de la poitrine depuis des années sans s’en rendre compte. Ce n’est pas parce qu’on fait quelque chose depuis toujours qu’on le fait bien.

Je l’admets.

Mais moi, ma technique, elle est gratuite et je ne l’ai apprise de personne.

Je sors. Je marche vers la côte. Je prends le vent dans la figure, et je respire. L’air sent l’iode, les algues, parfois le fuel des bateaux. C’est réel. C’est dehors. Et quelque chose dans le corps se détend.

Je ne sais pas si c’est le bon rythme, si je fais trois temps à l’inspir et quatre au expir comme les applications le recommandent. Je sais que quand je rentre, j’ai la tête plus claire.

Un voisin fait pareil, mais lui c’est son potager. Il dit qu’une heure à tourner la terre, il n’y a rien de mieux. Il exagère peut-être, mais il a l’air plus détendu que la plupart des gens que je connais.

Sandrine, l’infirmière qui écrit aussi sur ce site, parlait dans son dernier article de la respiration pour aider à dormir. C’est le genre de techniques que les sophrologues montrent aux gens qui viennent les voir. Elle a raison que ça peut servir. Surtout quand on se retrouve à regarder le plafond à trois heures du matin avec les pensées qui tournent. Avoir un exercice précis à faire, quelque chose à compter, ça donne au corps une instruction claire.

Moi je n’ai pas besoin de compter. Mais tout le monde n’a pas la mer à vingt minutes à pied.

Et tout le monde ne vit pas à Plouézec.

Donc si un cours de respiration aide quelqu’un qui habite au sixième étage d’un immeuble à Paris à retrouver un peu de calme, je ne vais pas faire la fine bouche. Quatre-vingt-dix euros, c’est cher. Mais si ça marche, c’est moins cher que beaucoup d’autres choses.

Ce que je trouve drôle, c’est qu’on soit obligé d’en arriver là. Qu’on ait tellement rempli nos vies de bruit et de vitesse qu’il faille payer quelqu’un pour nous apprendre à nous arrêter.

Mes parents n’avaient pas ce problème. Pas parce qu’ils étaient plus sages. Parce que leur vie avait des pauses naturelles. On marchait plus. On était dehors plus. Le soir, il n’y avait pas d’écran pour éloigner le silence.

Le silence, ça fait peur maintenant. On le comble avec des podcasts, des séries, du défilement de téléphone. Et puis on est surpris d’avoir du mal à dormir.

Je ne donne pas de leçons. Je fais pareil, des fois. Mon téléphone, je n’arrive pas toujours à le poser.

Mais je sais que quand je sors marcher, que je laisse le vent faire son travail, que je ne mets pas les écouteurs… ça change quelque chose.

Il paraît que respirer lentement, ça active le nerf vague, un truc dans le corps qui dit “calme-toi”. C’est prouvé scientifiquement, ça ralentit le coeur et ça baisse la tension. C’est peut-être ça, la cohérence cardiaque. Je ne sais pas. Je n’ai pas cherché à mettre un nom dessus.

Je l’appelle : prendre l’air.

Ça marche depuis soixante-dix ans. Je vais continuer un peu.

Si l’angoisse est vraiment là, que ça serre la poitrine et que ça passe pas, faut aller voir le médecin. Respirer ça aide, mais ça remplace pas un vrai suivi quand c’est sérieux.

Mamie Jo  Joëlle vit dans les environs de Paimpol, en Bretagne. Elle est experte en rien, sauf peut-être en bon sens. Ses articles ne remplacent pas un avis médical, ni une bonne soupe.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.