Sandrine 6 min

Marc, 62 ans : « L'hypnose, j'y croyais pas »

Marc a 62 ans. Il a passé vingt-deux ans dans l’armée, puis travaillé dans la sécurité privée. Il habite dans l’Hérault, dans un village entre Montpellier et Lodève. Je l’ai rencontré via une connaissance commune. Il a accepté de parler à condition que je change son prénom. Je l’ai changé.


J’ai commencé à fumer à dix-huit ans, au régiment. Tout le monde fumait. C’était pas une question. On t’en proposait une, tu prenais. Et après c’est parti tout seul.

À quarante ans, je fumais vingt-cinq, trente cigarettes par jour. Des Marlboro rouges, après des Lucky Strike. J’ai essayé d’arrêter à peu près six fois. Patch, gomme, comprimés, cigarette électronique. Le patch me donnait des rêves bizarres la nuit. La gomme, j’en mettais deux à la fois parce qu’une ça suffisait pas. La cigarette électronique, j’ai tenu trois mois, record personnel, et puis j’ai repris une vraie à un mariage et c’était fini.

Les comprimés, le Champix, j’ai eu des idées noires. Mon médecin m’a dit d’arrêter immédiatement. On en parle pas trop mais c’est pas anodin comme médicament.

Marc parle vite, sans chercher ses mots. Il s’arrête souvent pour regarder par la fenêtre.

Donc là, j’avais 61 ans, je fumais encore un paquet par jour, et ma femme, on est mariés depuis trente-cinq ans, elle m’a dit : j’ai pris rendez-vous pour toi chez une hypnothérapeute. À Gignac. Elle s’appelait madame Arnaud.

J’ai dit non. Elle a dit si. Et elle avait payé d’avance.

Alors j’y suis allé.


Je m’attendais à quoi ? À dormir dans un fauteuil pendant qu’une femme me dirait que la cigarette c’est dégoûtant. Un truc de cirque. J’avais vu des spectacles d’hypnose à la télévision, les gens qui font des trucs idiots sur scène.

Madame Arnaud, c’était pas ça du tout. Bureau simple, pas de décoration particulière. Elle m’a d’abord posé des questions pendant vingt minutes. Depuis combien de temps je fumais, pourquoi j’avais envie d’arrêter, ce que représentait pour moi la cigarette. J’ai répondu honnêtement.

Ensuite elle m’a dit de m’installer confortablement dans le fauteuil et de fermer les yeux. Elle a commencé à parler doucement. Rythme lent. Elle me demandait de détendre les épaules, les mains, de respirer différemment.

Est-ce que je me suis endormi ?

Non. J’étais pas endormi. J’étais juste… concentré. Concentré sur sa voix et sur rien d’autre. Les bruits extérieurs existaient encore. Une voiture est passée, j’ai entendu. Mais ça m’était égal. J’avais pas envie de bouger.

Elle a parlé de la cigarette pendant que j’étais dans cet état. De ce que ça faisait dans la gorge. De l’odeur. Elle était pas agressive, elle décrivait. Et j’entendais, mais autrement. Comme si ça rentrait différemment.

La séance a duré une heure en tout.

En sortant, j’ai allumé une cigarette sur le parking. Parce que j’avais envie. Mais elle avait un goût bizarre. Pas mauvais, juste… différent. Comme si j’y faisais attention pour la première fois depuis quarante ans.

Il ricane légèrement.

Ça a pas marché du premier coup.


J’y suis retourné deux fois. Trois séances en tout. Deux cent cinquante euros en tout, que ma femme m’a calculé au centime.

Après la deuxième séance, j’ai commencé à oublier d’allumer des cigarettes. C’est difficile à expliquer. Pas que j’avais plus envie. J’avais envie, bien sûr. Mais il y avait des moments dans la journée où je passais à autre chose et je réalisais une heure après que j’avais pas fumé. Avant, ça arrivait jamais.

Après la troisième, je fumais cinq, six cigarettes par jour au lieu de vingt.


Aujourd’hui ?

Deux, trois par jour. Parfois quatre si c’est une journée compliquée. Jamais plus.

C’est pas zéro. C’est pas l’arrêt total que ma femme voulait. Elle est un peu déçue, je crois, même si elle dit pas. Mais moi, après quarante ans à un paquet par jour… passer à deux trois, ça me paraît énorme.

Mon médecin m’a dit que c’était bien. Il a dit qu’il avait des gens qui n’arrivent jamais à descendre sous dix.

Est-ce que c’est l’hypnose qui a fait ça ? Je sais pas vraiment. Peut-être que c’était le moment. Peut-être que j’étais enfin prêt et que l’hypnose m’a donné le déclic. Peut-être que j’aurais fait pareil avec autre chose.

Ce que je peux dire, c’est que la séance a changé quelque chose dans ma façon de penser à la cigarette. Avant c’était automatique, je fumais sans y penser. Après, j’y pense. Et quand j’y pense, souvent je m’en passe.

Il s’arrête. Regarde ses mains.

J’y croyais pas. Je peux pas vous dire que j’y crois maintenant non plus. Mais ça a quand même marché à moitié.

Pour quelqu’un comme moi, qui croit à pas grand-chose, c’est déjà bien.


Sa femme est entrée à ce moment dans la pièce pour dire que le café était prêt. Elle m’a regardée et elle a dit : “Il vous a dit qu’il fumait encore ?” J’ai dit oui. Elle a haussé les épaules, mais pas vraiment en colère. “C’est mieux qu’avant. On fait avec.”

Marc a vidé sa tasse debout, près de la fenêtre. Par habitude, il a regardé s’il y avait ses cigarettes dans sa poche de chemise. Il y en avait. Il n’a pas fumé pendant qu’on parlait.

Sandrine  Sandrine est infirmière libérale à Montpellier depuis 23 ans, formée à la sophrologie. Elle partage ici son regard de soignante sur les pratiques de bien-être.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.