Mon jardin soigne mieux que la pharmacie
Je ne suis pas herboriste. Je ne connais pas les noms latins. Mais j’ai un jardin depuis quarante ans, et dedans j’ai des plantes que j’utilise comme ma mère me l’a appris, et comme sa mère le lui avait appris avant elle.
Ce n’est pas de la science. C’est de l’habitude.
Le thym, chez moi, c’est toute l’année. Quand quelqu’un tousse dans la maison, je fais bouillir de l’eau, j’y mets quelques branches de thym du jardin, j’ajoute un peu de miel si j’en ai, et on boit ça chaud. Ça ne guérit pas un rhume. Mais ça réconforte, ça réchauffe, et ça sent bon. C’est déjà pas mal.
La menthe, c’est pour les maux de ventre. Tisane après le repas quand ça ne passe pas bien. Mon mari en prenait régulièrement, il avait le transit paresseux. La menthe poivrée, ça aide — le menthol que ça contient, c’est un antispasmodique, ça détend les muscles du ventre. Ce n’est pas moi qui le dis, même les pharmaciens vous le confirmeront.
La sauge, je la bois en tisane depuis que j’ai passé les cinquante ans. Pour les bouffées de chaleur. On m’avait dit que ça aidait. Il paraît que la sauge contient des composés qui ressemblent aux estrogènes, c’est pour ça que ça marche sur les bouffées. Je ne peux pas vous dire si c’est la sauge ou si elles auraient diminué quand même avec le temps. Mais je la bois toujours, et ça me plaît.
J’ai aussi de la lavande, mais là c’est surtout pour les mites dans les placards. N’exagérons pas les vertus.
Ce que j’aime dans mon jardin, c’est le geste.
Aller couper une branche le matin, la faire sécher sur le rebord de la fenêtre, en faire une tisane le soir. Ça prend du temps, ça ralentit. Je ne suis pas pressée pendant ce temps-là. C’est peut-être ça le vrai remède.
Une voisine dit que je suis une sorcière. Elle dit ça avec affection. On ne se disputera pas là-dessus.
Mais il y a des limites.
L’hiver dernier, j’ai eu une bronchite. Vraie bronchite, avec de la fièvre, des trucs verts qui sortaient des poumons, une fatigue qui m’a clouée au lit quatre jours. J’ai bu mon thym. Ça m’a réconfortée.
Et j’ai pris les antibiotiques que le médecin m’a prescrits, sans hésiter une seconde.
Ce n’est pas contradictoire. Ma tisane ne traite pas une infection bactérienne. Je le sais. Il faut savoir faire la différence entre ce qui console et ce qui soigne. La confusion entre les deux, c’est là que ça devient dangereux.
Quand ma petite-fille avait une otite à trois ans, je n’ai pas sorti la sauge. Je suis allée chez le médecin. Les enfants, ça ne rigole pas.
Je me méfie des gens qui vous disent que les plantes guérissent tout et qu’on n’a pas besoin de la médecine classique. Ce sont souvent les mêmes qui n’ont jamais vu quelqu’un mourir d’une chose qui aurait pu être soignée avec les bons médicaments.
Mon jardin, c’est un complément. Un confort. Une façon de prendre soin qui me ressemble.
Ce n’est pas une alternative à quoi que ce soit de sérieux.
La différence entre les deux, c’est ce que j’appelle le bon sens. Le bon sens, ma mère l’avait. Elle buvait sa tisane de tilleul le soir, et elle emmenait ses enfants chez le docteur quand il le fallait.
Elle n’avait pas besoin qu’on lui explique la nuance. Elle la vivait.
Mon jardin est encore beau malgré le vent d’ouest de novembre. Le thym résiste à tout, lui. C’est sa plus grande qualité, et peut-être une leçon.
Résister, mais savoir ses limites.
Et pour tout ce qui est sérieux, le médecin reste irremplaçable. C’est pas mon jardin qui va faire un diagnostic.
Mamie Jo Joëlle vit dans les environs de Paimpol, en Bretagne. Elle est experte en rien, sauf peut-être en bon sens. Ses articles ne remplacent pas un avis médical, ni une bonne soupe.