Naturopathie : le bon, le flou et le dangereux
Je vais commencer par quelque chose que les sceptiques n’aiment pas entendre : une partie de ce que dit la naturopathie est du bon sens médical de base.
Manger des aliments peu transformés, bouger régulièrement, dormir assez, gérer le stress, éviter le tabac et l’alcool en excès. C’est pas de la naturopathie, c’est de la médecine préventive. C’est ce que je dis aux gens depuis vingt ans. C’est ce que recommandent l’HAS, l’OMS, tous les organismes de santé publique sérieux.
Quand un naturopathe dit ça, il a raison.
Le problème, c’est que la naturopathie ne s’arrête pas là.
Le bon
L’accent mis sur l’hygiène de vie est réel. Et souvent négligé en médecine classique. Pas par mauvaise volonté des médecins. Par manque de temps. Une consultation de généraliste dure en moyenne douze minutes en France. On peut pas vraiment parler alimentation, sommeil, sport et stress en douze minutes.
Le naturopathe, lui, prend souvent une à deux heures pour une première consultation. Il pose des questions sur les habitudes de vie, l’alimentation, le sommeil, l’environnement. Pour certaines personnes, c’est la première fois que quelqu’un s’intéresse vraiment à l’ensemble de leur mode de vie.
Regarder la personne dans sa globalité, pas juste son symptôme. C’est quelque chose que la médecine classique devrait faire davantage. Elle le fait pas assez, par manque de moyens. C’est un vrai manque.
Apprendre aux gens à comprendre leur corps, à repérer ce qui les affecte, à développer des habitudes protectrices. C’est du travail utile.
Le flou
La naturopathie utilise des concepts difficiles à définir : “vitalité”, “terrain”, “toxines”, “forces d’autorégulation du corps”. Ces mots sonnent sérieux. Ils correspondent rarement à quelque chose de précis et de mesurable.
Le “bilan de vitalité” proposé par certains naturopathes me pose un problème concret. Ça coûte entre 80 et 300 euros. Ça inclut souvent un questionnaire détaillé, une analyse de l’iris, parfois une “évaluation du terrain acido-basique”. Aucune de ces approches a de validation scientifique sérieuse.
C’est pas neutre. Quelqu’un qui dépense 300 euros pour un “bilan de vitalité” croit obtenir une évaluation rigoureuse de sa santé. C’est pas ce qu’il obtient.
Les formations en naturopathie posent aussi problème. Il en existe des dizaines, de quelques week-ends à quatre ans d’école. Aucune n’est réglementée. Aucune n’est reconnue par l’État comme diplôme de santé. N’importe qui peut s’installer naturopathe demain matin après une formation en ligne de six mois.
Ça ne veut pas dire que tous les naturopathes sont incompétents. Ça veut dire qu’il n’y a aucun garde-fou structurel.
Le dangereux
Là, je parle de cas documentés, pas d’hypothèses.
Des naturopathes ont déconseillé à des gens atteints de cancer de suivre leur chimio. En leur proposant des “protocoles naturels” à la place. Des personnes diabétiques ont arrêté leur insuline sur les conseils d’un naturopathe. Des parents ont refusé des vaccins pour leurs enfants après des consultations en naturopathie.
Ces cas existent. Le rapport sur les dérives sectaires dans le domaine de la santé publié par le ministère en 2022 en documente plusieurs. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) reçoit des signalements réguliers dans ce domaine.
Je ne dis pas que tous les naturopathes font ça. La majorité ne le fait pas. Mais l’absence de réglementation laisse un espace où ces dérives peuvent s’installer sans contrôle.
Quand quelqu’un sous traitement pour un cancer me dit qu’un naturopathe lui a déconseillé la chimio “parce que les médicaments sont toxiques pour le foie”, je me sens responsable de lui expliquer clairement ce que ça représente comme risque. C’est pas une différence d’approche philosophique. C’est une mise en danger.
Comment distinguer le bon du dangereux
C’est pas toujours simple. Voici ce que je regarde.
Le naturopathe qui oriente vers le médecin pour tout symptôme nouveau, toute maladie identifiée, tout doute. C’est bon signe. Celui qui vous dit qu’il peut traiter votre thyroïde, votre diabète ou votre dépression sans médecin. A fuir.
Celui qui explique clairement ce qu’il sait pas faire et les limites de son champ d’action. C’est bon signe. Celui qui a une solution naturelle à tout. Méfiance.
Celui qui vend lui-même les compléments qu’il prescrit avec une grosse marge. Méfiance. Conflit d’intérêts évident.
Celui dont les conseils se résument à : manger mieux, bouger plus, dormir mieux, gérer le stress. C’est du bon sens, vous pouvez écouter. Celui qui vous propose un protocole compliqué, cher, sur plusieurs mois, pour une maladie que votre médecin traite avec un médicament qui marche. Posez-vous des questions.
La naturopathie n’est ni une médecine complète ni une escroquerie systématique. C’est un ensemble hétérogène de pratiques, avec une partie sensée, une partie sans fondement, et une minorité réellement problématique.
Ce qui manque, c’est un cadre. Une réglementation qui protège les gens. Des formations standardisées. Un titre protégé.
En attendant, le seul filtre disponible, c’est votre esprit critique. Et votre médecin traitant.
Questions fréquentes
- La naturopathie est-elle reconnue comme profession de santé en France ?
- Non. C'est pas une profession de santé réglementée en France. Pas d'ordre, pas de titre protégé, pas de formation obligatoire. N'importe qui peut s'appeler naturopathe et ouvrir un cabinet demain. Grosse différence avec les métiers médicaux réglementés.
- Est-ce qu'un naturopathe peut remplacer un médecin pour le suivi d'une maladie chronique ?
- Non. C'est là que c'est le plus dangereux. Pour une maladie chronique (diabète, hypertension, cancer, maladie auto-immune), le suivi médical est indispensable. Un naturopathe peut accompagner sur l'hygiène de vie en complément. Mais il peut ni diagnostiquer, ni prescrire, ni remplacer un traitement. Si quelqu'un vous dit d'arrêter votre traitement sans l'accord du médecin, fuyez.
- Comment trouver un naturopathe sérieux ?
- C'est compliqué sans cadre réglementaire. Quelques repères : une formation longue (2 à 4 ans en école reconnue), de la transparence sur ce qu'il sait et sait pas faire, une orientation vers le médecin si besoin. Pas de discours anti-médecine. Pas de vente de compléments à marge élevée. Si quelqu'un vous propose un 'bilan de vitalité' à plusieurs centaines d'euros ou a réponse à tout, méfiance.
- Les compléments alimentaires prescrits par un naturopathe sont-ils efficaces ?
- Ça dépend lesquels et pour quoi. Certains compléments marchent dans des cas précis. Vitamine D quand on est en carence, magnésium pour certaines crampes, fer quand on en manque. D'autres ont zéro preuve et peuvent interagir avec des médicaments. La règle : dites toujours à votre médecin ce que vous prenez, même si c'est 'naturel'. Les plantes ont de vrais effets, ce qui veut dire aussi de vrais effets secondaires.
Sources
- ANSES, Évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement (2011)
- Ordre National des Médecins, Les médecines non conventionnelles (2013)
- HAS, Développement de la prescription de thérapeutiques non médicamenteuses validées (2011)
- Ministère de la Santé, Rapport sur les dérives sectaires dans le domaine de la santé (2022)
- Braun L, Cohen M, Herbs & Natural Supplements (4e éd.), Elsevier (2015)
Sandrine Sandrine est infirmière libérale à Montpellier depuis 23 ans, formée à la sophrologie. Elle partage ici son regard de soignante sur les pratiques de bien-être.