Il ne dormait plus
Michel avait 62 ans quand je l’ai vu pour la première fois.
Il prenait des somnifères depuis deux ans. Son médecin les lui avait prescrits après un épisode difficile. Divorce, restructuration au travail, les deux en même temps. La tempête parfaite.
Le problème, c’est que la tempête était passée. Mais Michel ne dormait toujours pas.
Il se réveillait à 3h du matin, regardait le plafond pendant une heure, parfois deux. Les somnifères l’avaient aidé à tenir pendant la période aiguë. Maintenant ils faisaient partie du décor, et il ne savait plus dormir sans.
C’est une situation que je vois souvent.
En France, la consommation de cachets pour dormir (stilnox, lexomil, ce genre) reste parmi les plus élevées d’Europe. L’ANSM a publié plusieurs rapports là-dessus. C’est pas des médicaments anodins à long terme. Dépendance, tolérance, effets sur la mémoire chez les personnes âgées. Son médecin le savait. Michel le savait. Mais sortir d’une dépendance aux somnifères, ça se fait pas du jour au lendemain.
Je lui ai demandé s’il avait entendu parler de la sophrologie.
Il m’a regardée genre “c’est quoi encore ce truc”.
Je lui ai dit : c’est des exercices de respiration et de relaxation guidée. Pas de la magie. Pas un remplacement pour son traitement. Juste un outil de plus.
Il a accepté d’essayer.
Ce que j’ai observé
Michel a vu une sophrologue pendant huit séances, sur deux mois. Elle lui a appris des exercices qu’il pouvait faire seul le soir et pendant ses réveils nocturnes.
Après six semaines, il m’a dit qu’il se rendormait plus facilement quand il se réveillait à 3h. Pas toujours. Mais plus souvent.
Son médecin a commencé une diminution très progressive des somnifères. Ça s’est bien passé pour lui. C’est pas le cas de tout le monde.
Au bout de quatre mois, il dormait sans médicament. Pas toutes les nuits. Pas huit heures d’un trait. Mais il dormait.
Je ne dis pas que la sophrologie a “guéri” Michel. Je dis qu’elle lui a donné des outils qu’il n’avait pas. Et que ça, couplé à la réduction progressive et au suivi médical, a fonctionné dans son cas.
Ce que disent les études
Soyons honnêtes : la recherche sur la sophrologie et le sommeil est limitée.
Une revue Cochrane sur les techniques de relaxation pour l’insomnie dit que ça peut améliorer la qualité du sommeil. Mais les études sont souvent petites, avec peu de participants, et des méthodes variables. Pas suffisant pour des conclusions fermes.
Une étude dans la revue Encéphale en 2019 a suivi des personnes en insomnie chronique qui faisaient de la sophrologie. Résultat : elles s’endormaient plus vite et dormaient mieux globalement. Mais l’échantillon était petit.
La vérité : on manque d’études solides.
Ce qu’on sait mieux, c’est que les techniques de relaxation (sophrologie, une thérapie pour réapprendre à dormir, cohérence cardiaque) aident le corps à se calmer. Elles font baisser le niveau de tension interne, ce qui facilite l’endormissement.
La sophrologie est moins étudiée que la thérapie pour réapprendre à dormir, qui reste ce que les médecins recommandent en premier quand on dort mal depuis longtemps.
Ce que je retiens pour ma pratique
Quand quelqu’un me parle d’insomnie chronique, je saute pas directement sur la sophrologie.
Je commence par comprendre. Depuis quand, pourquoi, est-ce qu’il y a un problème de santé derrière, un traitement en cours, des soucis de respiration la nuit. L’insomnie c’est pas toujours ce qu’on croit.
Mais quand le contexte s’y prête, que la personne rumine le soir, qu’elle a besoin d’un truc concret à faire seule, je mentionne la sophrologie parmi les options.
Comme dirait Joëlle, qui écrit aussi sur ce site, le stress on appelait ça “les nerfs” avant. Ça n’a pas attendu qu’on lui donne un nom anglais pour exister. Et les solutions de nos grand-mères, s’arrêter, respirer, lâcher la journée, elles ont pas attendu non plus.
La sophrologie, c’est un peu ça, avec un protocole et un praticien formé.
Pour Michel, ça a été un des éléments qui ont changé quelque chose. Pas le seul. Pas un miracle. Un outil parmi d’autres dans une prise en charge globale, avec son médecin au centre.
C’est tout ce que je lui demandais d’être.
Questions fréquentes
- La sophrologie peut-elle remplacer les somnifères ?
- Non, et c'est pas son rôle. La sophrologie c'est un outil en plus. Toute modification de traitement, ça se fait avec le médecin. Certaines personnes arrivent à réduire leur dose, d'autres non. Chaque cas est différent.
- Combien de séances faut-il avant de voir un effet sur le sommeil ?
- Y'a pas de réponse universelle. Dans les études, les protocoles durent en général 6 à 10 séances. En vrai, certaines personnes sentent une différence dès la troisième semaine, d'autres pas du tout. C'est variable.
- La sophrologie est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?
- Non, pas en France en 2025. Certaines mutuelles remboursent partiellement les séances, il faut vérifier votre contrat. Le tarif moyen d'une séance tourne autour de 50-70 euros.
Sources
Sandrine Sandrine est infirmière libérale à Montpellier depuis 23 ans, formée à la sophrologie. Elle partage ici son regard de soignante sur les pratiques de bien-être.