Nathalie, 54 ans, trois ans d'insomnie
Nathalie a 54 ans. Elle dirige une équipe de quinze personnes dans une entreprise de services à Montpellier. Son prénom a été modifié. On s’est retrouvées dans un café du Bouclier, un mardi matin, elle avait une heure entre deux réunions.
Au début je ne dormais plus du tout. Pas deux heures, pas trois heures. Rien. J’allais me coucher à minuit, je regardais le plafond jusqu’à quatre heures, je me levais, je travaillais. Je prenais le train tôt de toute façon.
L’insomnie est apparue dans les semaines qui ont suivi son divorce, il y a trois ans.
C’est un divorce que j’ai voulu, hein. Je ne veux pas qu’on croit que j’étais en train de dépérir. J’avais décidé, j’avais agi, j’avais quitté quelqu’un avec qui je n’étais plus bien depuis longtemps. Mais le corps, lui, il ne comprend pas les décisions rationnelles. Il est perdu. Il cherche ses repères. Les bruits d’une maison vide à trois heures du matin, c’est… enfin, c’est autre chose que ce qu’on imagine.
Mon médecin généraliste m’a prescrit un cachet pour dormir après deux semaines. Un truc léger, il a dit. J’ai dormi. J’ai failli pleurer de soulagement. Trois heures de sommeil d’un coup, pour moi c’était le Pérou.
J’ai continué six mois.
Elle marque une pause.
Et puis le médecin a commencé à parler de sevrage. Il voulait réduire les doses. Moi je n’avais pas du tout envie de réduire les doses. J’avais retrouvé le sommeil, pourquoi j’aurais arrêté ? On n’enlève pas le plâtre quand ça fait encore mal.
On a eu une conversation difficile, lui et moi. Il m’a expliqué. La dépendance, la qualité du sommeil qui se dégrade avec le temps sous somnifères, tout ça. Je savais, quelque part. Je ne voulais pas savoir.
C’est ma belle-sœur qui a dit sophrologie. Elle pratiquait depuis deux ans pour gérer son anxiété. Je lui ai répondu que je n’avais pas de temps pour ça. Ce qui était vrai et faux à la fois. J’avais le temps, je n’avais pas envie.
Elle sourit un peu.
J’avais l’image d’un truc un peu… comment dire. Des gens qui respirent ensemble dans une salle avec de la musique de forêt en fond sonore. Ce n’est pas mon monde.
La sophrologie, c’est une méthode de relaxation qui existe depuis les années 60. Ça mélange des exercices de respiration, de détente du corps et de visualisation. Certains hôpitaux s’en servent pour aider les gens à gérer la douleur ou à se préparer avant une opération.
J’ai quand même essayé. Une dame que m’avait recommandée ma belle-sœur, dans son cabinet à Lattes. Une femme très normale, très directe. Pas de musique de forêt.
La première séance, je me suis dit que c’était bien mais que ça ne changerait rien pour moi. La respiration, les exercices… je les faisais, mais dans ma tête je cochais des cases. Professionnelle jusqu’au bout.
La troisième séance, quelque chose s’est passé.
Elle m’avait demandé de me concentrer sur la sensation de pesanteur dans mes bras, juste ça. Et j’ai réalisé que depuis quarante-cinq minutes, je n’avais pas pensé à un seul dossier. Pas une seule fois. Pour moi c’est… c’est radical. Mon cerveau ne s’arrête jamais.
Son café refroidit. Elle ne le touche pas.
Ça a mis du temps. Je ne veux pas que vous écriviez que j’ai eu une révélation et que tout a changé en un mois. C’est plus compliqué. J’ai continué les séances, j’ai commencé à faire les exercices seule le soir, dix minutes avant de me coucher. Juste la respiration, la relaxation des épaules. J’accumule toute la journée dans les épaules, c’est là que ça part.
Le sommeil est revenu progressivement. Pas d’un coup. J’ai arrêté les somnifères sur trois mois, avec mon médecin, et la sophrologie a comblé une partie du vide.
Je dis bien une partie. Je dors mieux. Pas bien tous les soirs. Il y a des semaines difficiles au boulot et je refais des nuits courtes. Mais je ne suis plus dans cet état de panique que j’avais avant. Quand je ne dors pas, je fais mes exercices, et ça se recale en général en deux ou trois jours.
Elle réfléchit avant de continuer.
Ce qui m’a surprise, c’est ce que ça a changé dans la journée. Pas seulement la nuit. Je suis moins dans l’anticipation. Je réagis autrement en réunion quand il y a un conflit. Je ne sais pas si c’est la sophrologie directement ou le fait de dormir mieux qui change tout le reste. Probablement les deux.
Elle jette un coup d’œil à sa montre.
Ce que je dirais à quelqu’un qui hésite : allez voir quelqu’un de formé, pas une personne qui a fait un weekend de stage. Et ne cherchez pas la révélation au bout de deux séances. Si vous n’êtes pas prêt à donner deux mois, ne commencez pas. Ça ne marchera pas.
Et continuez à travailler avec votre médecin. La sophrologie n’est pas à la place de. Elle est en plus de.
Nathalie repart avec son café intact et deux réunions dans l’après-midi. Elle dit qu’elle est crevée, mais autrement qu’avant.
Sandrine Sandrine est infirmière libérale à Montpellier depuis 23 ans, formée à la sophrologie. Elle partage ici son regard de soignante sur les pratiques de bien-être.