Sandrine 9 min

Sophrologie : ce que je recommande vraiment

J’ai commencé à me former à la sophrologie en 2018, après vingt ans comme infirmière. Pas par idéalisme. Par observation.

Je voyais des gens anxieux avant une opération. Incapables de se détendre malgré les cachets qu’on leur donnait pour se calmer. Je voyais des personnes avec des douleurs chroniques que les médicaments ne géraient qu’à moitié. Je cherchais quelque chose à leur proposer en dehors du médicament.

Aujourd’hui je pratique en libéral. Moitié soins infirmiers, moitié sophrologie. Six ans de recul. Je vais vous dire ce que j’ai vu, sans promesses.

Ce que c’est, vite fait

La sophrologie, c’est une méthode créée dans les années 60 par un neuropsychiatre. Des exercices de respiration, de relaxation musculaire et de visualisation. L’idée de base : entraîner le cerveau à un état entre veille et sommeil, pour accéder à des ressources qu’on n’utilise pas d’habitude.

C’est ni de la méditation, ni de l’hypnose, ni du yoga. Même si ça emprunte un peu à chacun. C’est un outil pour réguler le corps. Et ça, en tant qu’infirmière, ça me parle.

Pour qui ça marche le mieux

L’anxiété de performance et l’anxiété liée à une situation précise, c’est là que les résultats sont les plus réguliers. Une étude publiée sur PubMed en 2020 a montré 14 % d’anxiété en moins après quatre semaines de programme. C’est modeste, mais mesurable. Et ça tenait encore à trois mois.

Dans ma pratique, les profils qui en profitent le plus :

  • Les gens anxieux dans une situation précise (examen, prise de parole, accouchement, opération)
  • Les gens qui dorment mal à cause du stress (Nathalie, 54 ans, en est un bon exemple)
  • Les personnes en douleur chronique qui veulent baisser les médicaments

Sur ce dernier point, c’est plus long et moins prévisible. Mais j’ai eu des gens avec des douleurs chroniques au dos ou aux articulations qui ont réduit le doliprane de moitié avec un travail régulier. C’est pas la sophrologie qui guérit la douleur. C’est elle qui change la façon dont le cerveau la perçoit.

La préparation chirurgicale

C’est un terrain que je connais bien. Côté infirmière, j’ai vu assez de gens arriver au bloc en panique pour savoir que ça complique tout. L’anesthésie est plus difficile, la récupération plus longue.

Le rapport Inserm 2021 est honnête : pas assez d’études encore pour conclure à 100 %. Mais les données sur la préparation avant une opération vont dans le bon sens. Des travaux à Bordeaux sur des enfants opérés montrent qu’ils prenaient moins de médicaments anti-douleur après, dans le groupe sophrologie.

J’ai accompagné une dizaine de personnes avant des opérations programmées. Prothèse de hanche, césarienne planifiée, ablation d’une tumeur bénigne. La constante : ils arrivent moins paniqués. Les anesthésistes l’ont remarqué, même ceux qui étaient sceptiques au départ.

Pour qui ce n’est pas la bonne porte

C’est la partie que les sophrologues n’aiment pas toujours dire. Je la dis quand même.

La sophrologie n’est pas un traitement pour la dépression sévère. Quelqu’un qui ne peut plus se lever le matin, qui a perdu tout intérêt, qui pleure depuis des semaines sans savoir pourquoi. Ce n’est pas chez moi qu’il faut venir en premier. C’est chez le médecin. Et peut-être chez un psychiatre.

C’est pas non plus adapté après un trauma récent. Une personne qui vient de vivre un accident grave, une agression, un deuil brutal. Lui demander de “visualiser un espace sécurisant”, c’est la laisser seule face à quelque chose qu’elle n’a pas les ressources pour traverser. Il faut d’abord un psychologue spécialisé.

Je le dis parce que j’ai vu des gens arriver chez moi avec des histoires qui méritaient un autre accompagnement. Je les ai réorientés. C’est pas un aveu d’échec. C’est du bon sens.

Comment choisir

Il y a beaucoup de formations en sophrologie, et beaucoup d’écarts de qualité.

Les points à vérifier :

  • Formation d’au moins 14 mois (les formations express en weekend, ça donne pas les bases)
  • Référence à l’école Caycedo ou une formation reconnue (RNCP niveau 5 minimum)
  • Un premier entretien sans séance, pour voir si c’est adapté à votre situation

Un sophrologue sérieux ne promet pas de guérison. Il propose un accompagnement, explique sa méthode, et oriente vers un médecin si nécessaire. Fuyez ceux qui promettent des résultats garantis ou qui crachent sur la médecine classique.

Ce que six ans m’ont appris

La sophrologie marche sur les personnes qui veulent bien que ça marche. Ça paraît une lapalissade. Ça ne l’est pas.

C’est pas de la suggestibilité. C’est que la méthode demande une participation active. On ne reçoit pas un traitement. On apprend des outils. Si on les utilise pas en dehors des séances, ça sert à rien. Le sophrologue est là pour enseigner, pas pour guérir.

Les gens qui en profitent le plus sont ceux qui font leurs exercices seuls, dix minutes par jour, entre les séances. Pas ceux qui viennent une fois par semaine en espérant que ça agisse par osmose.

C’est une pratique. Comme la physiothérapie, comme la rééducation. Il faut s’y mettre.

Ce n’est pas une révolution. C’est un outil de plus. Pour les bonnes situations, c’est un outil qui compte.

Questions fréquentes

Combien de séances faut-il avant de voir un effet ?
La plupart des gens commencent à sentir quelque chose entre la troisième et la cinquième séance. Un cycle complet, c'est plutôt 8 à 12 séances. En dessous de 6, c'est dur de juger si ça marche pour soi.
La sophrologie est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?
Non, pas remboursé par la Sécu. Par contre certaines mutuelles prennent en charge une partie (20 à 60 euros par séance selon le praticien). Vérifiez avec votre mutuelle avant de commencer.
Comment reconnaître un bon sophrologue ?
Vérifiez une formation d'au moins 14 mois (niveau RNCP ou équivalent). Fuyez les formations express en weekend. Un bon praticien fait un premier entretien sans séance, explique sa méthode, et ne promet pas de résultats garantis. La confiance compte autant que la technique.

Sources

Sandrine  Sandrine est infirmière libérale à Montpellier depuis 23 ans, formée à la sophrologie. Elle partage ici son regard de soignante sur les pratiques de bien-être.

Hein, on le dit quand même : tout ça c'est du bon sens, pas une ordonnance. Si vous avez un vrai souci, allez voir votre médecin. C'est son métier, pas le nôtre.